Poésie
La supplique du supplicier
6 avril 2026
A mon amante qui chaque nuit me hante
Quand elle ronronne et fait crisser ses rêves
Comme d'une vieille maison, le fait la charpente.
Et pourtant c'est apaisant, cette nocturne trêve.
Assis sur les marches de mon bonheur
Au bas d'un escalier de vers, fragile et distinct,
Je la regarde courir les sens à l'heure
Comme un enfant fauve, agile et malin.
Adressant mes suppliques au monde qui la retient,
Demandant au grand tout, l’innommable exaction
De garder pour moi, nos adorables entretiens
Comme un geôlier candide surveille les courants d'air d'une prison...
S'il faut des mots pour la retenir,
À mon âme putride il faudra les souffler
Demanderai-je à Dieu, à Satan et leurs sbires,
Irrévérencieux tenanciers des espoirs d'un damné.
Car loin de ses yeux je ne suis qu'une ombre
Loin de ses bienfaits, mon âme pourrie
Puisque depuis ma naissance, lentement je succombe
Maintenant dans son amour, j'entrevois mon sursis.
