Poésie
La tragédie des marins
8 avril 2026

Lui
Les bateaux tristes semblent échoués
Ce matin framboise, lorsque j'attendais
Je compris comme eux que j'espérais la marrée.
Sur mon perchoir de bois fendu et usé
Je trouverai peut être le désespoir de me jeter
Puisque tu ne viendra pas me réchauffer
J'attacherai à mes pieds des litres d'air salé
Ballons de cristal immaculés, pour me faire voyager
Dans l'embrun fatal d'une nouvelle éternité
Loin de tes bras pâles et de tes yeux ambrés
Je m'inventerai d'uniques cambrures et un ciel étoilé
Pour oublier cette vie d'injure où j'ai cru que tu m'aimais.
Elle
Mon amour, ma destiné de satin, toi qui m'espérais
Dans le velours de cette matinée sans fin je t'ai recherché.
Les courants d'air marin m'ont conté la triste histoire qui nous liait,
Celle d'un homme au désespoir qui m'attendait sur un perchoir défait.
Jamais la mer froide et noire n'aura été aussi salée
Puisqu'au sel des larmes que nous lui avons donné
J'ajoute en présent mon corps et mon âme pour te retrouver
Sur le récif de l'île mauve, au firmament des alizés.
Je reconnaitrais ton sourire mutin parmi ceux des marins
A toi mon prince brun, j'offrirai l'alcôve des mes reins
Et dans l'éther de la marée, cet infini renouvelé,
Je t'offrirai un fil d'or pour nous lier.
Dans notre lit mouvant et sablé
nous écouteront les mouettes et le siroco chanter :
"Tressez des colliers d'amarante aux voyageurs égarés
Car ce matin framboise, deux âmes errantes se sont mariées."