Slam
Taïga
5 avril 2026
Elle est arrivée après la Taïba dans la Taïga.
Dans son pantalon taille basse,
Elle a regardé au loin les soldats se faire tailler en pièces par les rapaces.
Moi,
Allongé là,
Impuissant,
Ne sentant plus mes jambes,
Ne sentant plus mes bras,
Je la regardais en silence dévaliser les Dafkas…
Dans l'épais brouillard de guerre qui enveloppait la Volga,
À l'abri des regards indiscrets,
La Sibérienne se mettait à califourchon sur les soldats.
Défroquant d'inertes innocents
Pour en extirper des breloques ou des pansements,
Elle ondulait…
Dans un étrange corps à corps
Qui aurait réveillé les bienheureux s'ils n'étaient pas morts…
Les tirs cadencés des canons résonnaient dans mes oreilles,
Et je pensais aux copains sur le front qui loupaient cette merveille.
Qu'elle ne m'eût pas sauvé en me voyant
M'était à cette heure indifférent !
Vladimir ou Olga seraient le nom de nos enfants,
Me disais-je euphorique en claquant des dents…
Parmi les maigres rayons de soleil qui perçaient le feuillage,
J'implorais tous les Saints de Russie pour un simple effeuillage…
Oh,
Je t'en prie mon trésor,
Mets tes mains en douce
Tout au fond de ma bouche
Pour une dent en or…
Je te laisse allègrement
Le sourire aux lèvres
Mon ultime redevance,
Mes deux pièces d'argent.
Et sur le pas de la Grande Porte,
Dans un ample mouvement,
J'irai saluer mon hôte,
Fauché mais content…
Merci à toi !
Dieu ou même Satan,
Car dans le froid sidéral de mes derniers instants,
cette hyène sibérienne avait pour moi
Des allures de printemps...
Des allures de printemps...
Des allures de printemps...
